Dans un souffle
Bruno Moinard – Nouvelles peintures
Bruno Moinard peint dans un souffle. Sa peinture est un mouvement. Ses nouveautés
n’y dérogent pas. Sur ses toiles, la matière, les formes, les lignes se gonflent, se tordent,
s’enroulent. La lumière s’y glisse. Elle percute ou caresse, s’insinue, presque palpable.
Il peint comme Paul Morand écrivait. Il conduit à ciel ouvert les mêmes bolides que
L’homme pressé : ses voitures ne sont jamais loin de son atelier ni d’une falaise dont le
calcaire érodé par le vent l’inspire, se réduisant en grève grège à son piémont.
Bruno Moinard peint dans un souffle, vite, en grand format, dans l’énergie. Ça bouge.
Il y a des nuages, il y a du vent. Vent frais de Normandie, courant d’air chaud d’un
entrebâillement, friselis léger sur une trame. Couleur de vent, couleur de terre balayée.
Couleur de Manche — bleu gris —, couleur de bocage intranquille, couleur de plomb
avant l’orage. Nuits profondes, noires ou bleues, mouvantes, percées d’une lueur ou
d’un jaillissement.
Est-on dehors, est-on dedans ? Y a-t-il quelqu’un dans le cadre, ou n’est-ce qu’une
illusion ? Qui est cette élégante ? Des lignes fines et claires, parfois, griffent les aplats
denses. Elles créent une tension, ajoutent une histoire à l’histoire.
Peintre, donc, mais aussi architecte des plus beaux intérieurs, designer, scénographe :
Bruno Moinard commence toujours par un geste. Ce geste vif, originel, qui projette —
dans un souffle — ce qui l’inspire. Comment il voit les choses.
Ainsi, ses croquis de voyage, exposés dans une alcôve, saisissent au vol le mouvement
perpétuel des cités en éruption constante, des foules, des paysages qu’il traverse.
L’artiste-voyageur, que mille projets appellent partout dans le monde, happé par
l’envie de tout saisir, se rassemble chaque jour devant ses carnets pour jeter au feutre
sur le papier les scènes et les paysages qu’il a vus : le calme d’une petite maison dans
un jardin japonais ou la frénésie vibratile des néons d’une métropole. Les gens, les
choses, l’esprit qui les anime.
C’est le même souffle, la même énergie, la même